La Grande Motte, aux origines des pyramides

Entre Montpellier et la Camargue, au cœur d’une lande désertique, La Grande Motte dresse ses grandes pyramides face à la Méditerranée. Cette ville nouvelle, dédiée au balnéaire, a été construite sous l’impulsion de l’état de 1962 à 1982. En quelques années, un architecte, Jean Balladur, va faire d’un projet de mise en tourisme du littoral languedocien, une oeuvre architecturale, esthétique et urbanistique unique en France.

Du détail naît l’esthétique

Dès les origines de la Grande Motte, Jean Balladur, va édicter des principes architecturaux qui font aujourd’hui la force de la station balnéaire. Cet ancien disciple de Jean-Paul Sartre, amateur d’art, de retour du Mexique va proposer ici une architecture audacieuse au service d’une esthétique solaire. Trois formes de bâtiments vont être imposées : les pyramides, les bonnets d’évêques et les conques. Mais ce qui va donner une vraie identité et une esthétique à ces bâtiments de béton blanc, c’est l’usage de “modénatures” (formes et ornements de façades) de béton simples et répétitives. Ces dernières ont créé des jeux d’ombre, des dessins en résilles qui ont fait l’identité et l’unicité de chaque bâtiment. Des modénatures qui, quand elles jouent le contraste avec les couleurs des rideaux et stores forment des motifs esthétiques qui se révèlent tout à fait actuels en 2018 !

Du Mexique, Balladur importa deux souvenirs : celui des pyramides précolombiennes et celui de la pensée moderne de la construction de Brasilia. A la Grande Motte, il conjuguât le moderne, les formes pyramidales et les nécessités d’une ville dédiée aux loisirs. Ainsi, dans ces paysages extrêmement plats, les bâtiments ont été positionnés et pensés pour créer des reliefs et un paysage. L’enjeu était aussi de rappeler les reliefs des Cévennes toutes proches. Ainsi, la grande pyramide, celle qui domine le port pour être vue de loin a été dessinée pour rappeler le Pic Saint Lou, proche de Montpellier.

La ville verte avant l’heure

Construite à l’heure du tout voiture, la Grande Motte a eu la chance d’être une ville nouvelle dédiée aux loisirs. Cette caractéristique en fait une des rares villes modernes à accorder une telle place aux piétons. Les circulations automobiles ont été complètement séparées des circulations piétonnes. Le front de mer a été offert aux piétons et l’axe principal de circulation, positionné là où cessent les embruns. Côté terres, Balladur réserva les terres au résidentiel. Côté mer, il plaça des bâtiments à étages, permettant à la végétation de pousser à l’abri des immeubles. Surtout, Balladur eut à cœur d’offrir aux piétons des espaces apaisés.  A la Grande Motte, 25 km de voies douces et 6 passerelles quadrillent la station balnéaire dans une ambiance verte extraordinaire.

L’art à ciel ouvert… mais sans prétention !

Conscient que l’art dans la cité ne doit pas être élitiste, Balladur va s’entourer de jeunes artistes. Il implique ainsi Michel Goalard, Joséphine Chevry et Albert Marchais. Ces derniers vont être chargés de positionner l’art sur le site et de coloriser certains bâtiments. Mais à la Grande Motte, l’art doit également être utile : des sculptures seront ainsi créées afin de fixer les dunes. On créera également des sculptures-douches…

Si la Grande Motte n’a pas impacté l’histoire de l’architecture mondiale, elle constitue un témoin de la pensée moderne appliquée au balnéaire. En 2010, elle a reçu le label patrimoine XXème, deux ans avant le décès de l’architecte. Un temps moquée comme une dérive bétonnée du tourisme de masse, la Grande Motte redevient à la mode. Sa philosophie et son esthétique reviennent au goût du jour. La station balnéaire a même inspiré ces dernières années le travail de designers d’Oxyo.

Pour en aller plus loin : La Grande Motte, balade architecturale, au editions ITIMEDIAS

Photos : Flick, Licences CC : Franck BARRE

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